dimanche 13 octobre 2013

Le vote des communistes parisiens des 17-19 octobre : quels sont les arguments en faveur de l'accord avec le PS ?

Les 17, 18 et 19 octobre prochains les communistes parisiens sont appelés à voter sur la stratégie à adopter à Paris pour le premier tour des élections municipales de 2014. Deux choix se présentent à nous :

1° un accord stratégique et programmatique avec le Parti socialiste et République et Socialisme (un des autres membres du Front de gauche (FG)) ;

2° un accord stratégique et programmatique avec les autres composants du Front de gauche (PG, GU, FASE, GA, les Alternatifs, C&A et le PCOF).

Les adhérents ont débattu de ces deux options dans leurs sections depuis plusieurs mois et les échanges ont été à la fois constructifs et respectueux. Il y a de bons arguments pour les deux options et, quel que soit le résultat du vote, nous espérons tous nous rassembler après pour appliquer le choix majoritaire.      


Le 8 octobre dernier, le conseil départemental du PCF Paris s'est prononcé en faveur de l'accord avec le PS à 67 %, et Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, a appuyé l'avis du conseil. Ce sont les militants qui auront le dernier mot. Mais depuis ces annonces des dirigeants communistes, Jean-Luc Mélenchon et d’autres membre du Parti de gauche (PG), qui défendent des listes autonomes du PS dans toutes les grandes villes, ont renforcé leur pression sur les militants communistes en dramatisant les enjeux. Pour les dirigeants du PG, le PCF veut "quitter le Front de gauche" à Paris et fait preuve d'"incohérence" lorsqu'il critique sévèrement le gouvernement socialiste d'un côté et passe un accord avec le PS à Paris de l'autre.

Est-ce bien la réalité ? J'admets que le risque d'un accord avec le PS dès le premier tour à Paris est que nous paraissons complices de la politique menée par le gouvernement socialiste au niveau national. Néanmoins, après avoir discuté avec les camarades ces derniers mois, les raisons avancées pour soutenir l’accord avec le PS me paraissent plus convaincantes que celles avancées pour soutenir des listes autonomes. En effet, il y a de bonnes raisons pour croire que l'accord obtenu avec le PS pourrait non seulement renforcer la position et l'influence du Front de gauche à Paris, mais il pourrait aussi créer un rapport de forces entre une municipalité de gauche engagée contre l'austérité à Paris et les socialistes du gouvernement qui font l'austérité au niveau national. Voici le raisonnement.

Depuis le début des discussions, la méthode du PCF a été de dresser d’abord un bilan du rôle des communistes dans la municipalité sortante, de constituer ensuite un projet municipal pour les années à venir et de décider enfin de la meilleure stratégie pour faire appliquer ce projet. Les rapports de force n’étant pas les mêmes dans toutes les villes, le PCF a décidé de faire voter les militants sur la meilleure stratégie à adopter dans chaque ville, selon les rapports de force locaux. Ainsi, en passant du bilan au projet et enfin à la stratégie, il s’agit de partir du réel pour trouver le meilleur moyen de transformer la situation réelle selon nos objectifs.

Qu'en est-il de Paris ? S’agissant d’une élection municipale, le bilan à analyser en priorité n’est pas celui du gouvernement socialiste en place depuis 2012, mais le bilan de la municipalité de gauche en place à Paris depuis l’élection de Delanoë en 2001, les communistes faisant partie de cette majorité, mais dans un groupe indépendant des socialistes. Le bilan du gouvernement actuel est à prendre en compte à un autre niveau, sur le plan des rapports de force entre la politique nationale et les politiques locales. Mais pour juger de l’utilité de la présence des communistes au sein de la majorité municipale de gauche à Paris depuis 2001, c’est de ce bilan local et des apports des communistes qu’il faut partir.

Or, la majorité des Parisien-ne-s semble plutôt satisfaite de cette municipalité, et l’apport des communistes à celle-ci n’a pas été négligeable :

- 70.000 logements sociaux ont été produits, permettant à 200.000 personnes de mieux vivre à Paris ;
- 10.000 places en crèche ont été créées ;
- la distribution de l’eau est redevenue un service public et d’autres privatisations ont été empêchées ;
- 70 hectares d’espaces verts ont été réalisés ;
- la coopération avec les collectivités franciliennes a été renforcée ;
- les revendications des mouvements sociaux ont pu trouver un relai et une écoute au sein des institutions ;

- la création d'un bouclier social pour contrecarrer les effets néfastes de la politique d'austérité du gouvernement.

Certes, les communistes, étant minoritaires, n’ont pas pu faire valoir l’ensemble de leurs revendications ni empêcher le vote de toutes les politiques auxquelles ils sont opposés, y compris certaines portées par les socialistes. En effet, il y a beaucoup de choses à critiquer dans le bilan de Delanoë, il ne s'agit pas de dire que tout est bon. On ne peut pas tout avoir en politique. Néanmoins, sans les luttes des élus communistes les accomplissements listés ci-dessus n’auraient jamais été possibles et les socialistes n'auraient eu aucune pression sur leur gauche. La présence des élus communistes est donc utile à l’amélioration de la vie des Parisien-ne-s, si bien qu’avec plus d’élus nous pourrions peser encore plus sur les choix politiques. Je rappelle en passant que ces politiques municipales ont été mises en œuvre alors qu’au niveau national il y avait un gouvernement de droite pendant la majeure partie de cette période.

Le bilan de la municipalité sortante étant quand même meilleur que celui de la municipalité de droite avant 2001 ; et les communistes ayant joué un rôle utile dans cette majorité de gauche, ce serait un peu incohérent de mener maintenant une campagne qui consisterait à cracher sur tout ce que nous avons fait depuis 2001.

Après avoir dressé ce bilan, nous avons élaboré un projet municipal qui comporte soixante-quinze propositions pour la ville de Paris. Ce projet a servi de base aux négociations avec le PS comme avec nos partenaires du FG et nous continuerons à le porter quelle que soit la stratégie adoptée. Nous restons donc autonomes de ce point de vue quelles que soient les alliances que nous choisissons — et ce avant comme après les élections, car nous ne sommes pas dans le groupe socialiste au conseil, nous avons un groupe autonome.


Dans le texte d’accord avec le PS nous avons réussi à obtenir de nombreux engagements en faveur de nos propositions, notamment l'exigence d'atteindre les 30 % de logements sociaux d'ici 2030.   Surtout, nous avons réussi à faire inscrire noir sur blanc dans l’accord qu’« au cours de la prochaine mandature, nous ferons en permanence le choix de l’intérêt des Parisien-ne-s et nous refuserons toute politique d’austérité qui viendrait s’y opposer ». Le fait que les socialistes aient signé un tel accord contre l’austérité à Paris est d’une importance capitale pour plusieurs raisons.

Premièrement, les politiques d’austérité ne sont pas dans l’intérêt des Parisien-ne-s.

Deuxièmement, si le FG devait maintenant mener une campagne qui consisterait à tirer un trait d’égalité entre l’UMP et le PS, prétendant qu’il s’agit de deux formes de la même austérité, ce ne serait tout simplement pas vrai à Paris. Il s’agit d’ailleurs d’une ville relativement riche et qui peut donc se permettre financièrement de résister à l’austérité.

Troisièmement, cet engagement PS-PCF contre l’austérité à Paris créerait un rapport de forces avec le gouvernement et au sein même du PS. Les socialistes sont divisés à cause de la politique gouvernementale. Nous pouvons nous appuyer sur ces contradictions. Si la gauche gagnait à Paris en faisant des pas significatifs vers le PCF/FG et en s’engageant, entre autres, contre l’austérité, cela mettrait les socialistes parisiens sur une ligne différente de celle du gouvernement, qui poursuit une politique d’austérité au niveau national et ne retient aucune proposition des parlementaires PCF-FG. Si les socialistes parisiens devaient ensuite ne pas tenir leur promesse et que les élus FG n'étaient pas assez nombreux pour bloquer un virage vers l'austérité, ce sont les socialistes qui seraient alors dans la contradiction, pas nous qui continuerions de lutter contre l'austérité. Mais la preuve que les communistes ont déjà réussi à créer ce rapport de forces est qu'ils ont fait adopter l'autre jour aux socialistes du conseil leur proposition de créer un bouclier social pour contrecarrer les effets néfastes de la politique d'austérité du gouvernement.

Si Paris la capitale doit avoir une valeur symbolique comme le veut le PG, alors il me semble que tout cela serait un signe beaucoup plus fort que celui que véhiculerait des listes FG séparées. En effet, si les socialistes parisiens n’étaient plus obligés à négocier avec le PCF/FG, alors il n’y aurait plus de pression politique sur eux pour qu’ils arrêtent de glisser à droite et qu’ils ne s’alignent pas sur la politique nationale. Voilà pourquoi il n’y a aucune incohérence entre la critique sévère que fait le PCF de la politique du gouvernement d’un côté, et l’accord avec le PS qu’il a négocié à Paris de l’autre. Il s’agit de nous appuyer sur les contradictions internes du PS et de créer un rapport de force entre Paris et le gouvernement afin de tout tirer à gauche. C’est ce que souhaitent, d’ailleurs, les électeurs et militants socialistes qui ne sont pas contents du gouvernement.

Ensuite, il y a de bonnes raisons pour croire que l’accord avec le PS permettrait de renforcer la présence et l’influence du Front de gauche à Paris.

Dans cet accord, en cas de victoire de la gauche, le PS s’engage à réserver 32 conseillers d’arrondissement et 13 conseillers de Paris pour le PCF, ce qui est en nette augmentation par rapport aux 22 conseillers d’arrondissement et 8 conseillers de Paris PCF sortants (+ 2 conseillers de Paris PG).

De plus, selon les scores au premier tour, l’accord avec le PS prévoit que, entre les deux tours, l’intégration éventuelle des listes EELV se fera uniquement sur les quotas des socialistes et que l’intégration éventuelle des listes FG se fera de la façon suivante : les quatre premiers conseillers de Paris seront pris sur le quota socialiste et puis alternativement sur le quota socialiste et sur le quota PCF ; le premier conseiller d’arrondissement sera pris sur le quota socialiste et puis alternativement sur les quotas PS et PCF. Cela signifie que cet accord prévoit non seulement une augmentation du nombre des élus PCF, un des composants du FG, mais aussi la possibilité d’une augmentation du nombre des élus issus des autres partis du FG.

Avec cet accord, en cas de victoire de la gauche, l’influence du FG dans son ensemble sera donc renforcée dans tous les cas, tant du point de vue du projet que du point de vue du nombre d’élus. Le tout nous permettrait de mieux atteindre notre but principal qui est d’améliorer la vie des Parisien-ne-s. C’est en prouvant notre capacité de faire cela dans la durée que nous gagnerons l’estime des électeurs.

Si on y allait solo, en revanche, le risque de perdre des élus serait important. Il ne faut pas se tromper sur notre poids électoral à Paris. 11 % des Parisien-ne-s ont voté pour Mélenchon au premier tour de l’élection présidentielle de 2012 et 7,7% ont voté pour les listes FG aux législatives juste après. Pour avoir 13 conseillers de Paris PCF + d’autres conseillers FG en présentant des listes autonomes, il faudrait qu’on fasse presque 20 % au premier tour. Avec 7-11 %, on perdrait des élus par rapport au nombre actuel et tout le travail que nous avons fait depuis 2001 pour renforcer notre présence à Paris serait à reprendre. Ce serait une mauvaise chose pour les Parisien-ne-s, pour le FG et pour la gauche dans son ensemble. On se distinguerait peut-être plus clairement du PS le temps d'une campagne, mais au lendemain des élections c'est la perte d'élus FG que les électeurs retiendraient, pas ces querelles d'appareil qui n'intéressent que les militants ; et pendant six ans nous serions impuissants au conseil.

Enfin, nous ne voulons pas voir le retour de la droite à Paris. Si jamais la gauche perdait les élections parce qu’elle était trop divisée, on nous le reprocherait. Ce serait beaucoup plus grave que les inconvenants qu'implique une alliance électorale avec le PS. Le FG a une bonne dynamique, certes, mais ce sont surtout la droite et l’extrême-droite qui sont en train de gagner du terrain aujourd’hui. Il ne faut pas sous-estimer ce danger, même à Paris. Si nous menions une campagne anti-PS, je pense que nous nous tromperions d’ennemie et que l'alternance politique favoriserait bien davantage la droite que le Front de gauche. Taper sur les socialistes pendant toute la campagne pour ensuite appeler à voter pour eux au deuxième tour me paraît hasardeux et démobilisateur, en plus d'être un peu incohérent.

Voilà donc quelques-uns des arguments qu'avancent les communistes en faveur de l’accord avec le PS à Paris. On peut ne pas être d’accord avec cette logique et je respecte tout à fait l'avis des camarades qui sont plutôt favorables à des listes autonomes. Peut-être que je me trompe d'analyse et que les électeurs nous donneront tort. Néanmoins, je ne pense pas qu’on puisse taxer la stratégie d'alliance avec le PS à Paris d’incohérence ni prétendre qu’elle constitue une « trahison » ou un renoncement au Front de gauche. Seul le PG semble faire dépendre l'avenir du FG du choix des communistes à Paris ; les autres partis favorables à les listes autonomes respecterons le choix des communistes et ne remettent pas en question l'avenir du FG. La force du FG, me semble-t-il, est justement sa capacité de s’adapter à des situations différentes. Dans d’autres villes, où les rapports de force sont différents, cela a plus de sens de présenter des listes FG indépendantes du PS et c’est cette stratégie que les communistes ont déjà adoptée dans plusieurs villes. J'en suis même très content. À Paris, l’accord avec le PS n’est pas sans risque, mais mon humble opinion est que nous risquerions plus gros en présentant des listes à part, étant donné les rapports de force actuels à Paris. C’est pourquoi je voterai pour l’accord avec le PS tout en continuant de critiquer la politique du gouvernement.

Finis les status FB "à la Bradley Smith", maintenant j'ai un blog pour ça

Certains de mes statuts Facebook étant bien connus pour leur longueur, j'ai décidé de créer ce blog afin d'arrêter de me servir de Facebook comme un... blog. C'est donc ici que je regrouperai désormais mes réflexions politiques ou autre dont la longueur est mal adaptée à l'usage habituel qu'on fait de Facebook. Au plaisir d'avoir des échanges avec vous, camarades !