vendredi 15 novembre 2013

Sartre, ou « l'enfant terrible de la bourgeoisie »



Je reproduis ci-dessous un texte que j'ai écrit en 2010 pour un numéro de La Revue Commune consacré au « camarade Sartre ». La revue ne connaît pas une très grande diffusion et n'a malheureusement pas pu continuer à sortir d'autres numéros après celui-ci pour des raisons financières. Néanmoins, il reste disponible sur le site de sa maison d'édition Le Temps des Cerises.





Sartre, ou « l’enfant terrible de la bourgeoisie »[1]


     Les idées dominantes, comme le dit Marx, sont celles de la classe dominante — et si un des fils de cette classe, indigné par ce que ces idées prétendaient justifier, s’engageait à les mettre à mal ? Le sale gosse ! Que faire de ce traître qui scandalise ceux-là mêmes qui le mirent au monde ? Parfois, à l’aide de quelques ruses, le trublion peut être « récupéré » ; dans d’autres cas, en revanche, il se montre plus résistant… A l’époque de Socrate, la solution s’appelait la ciguë. Mais à l’époque bourgeoise, où l’on prétend à la liberté d’expression, nos bien-pensants doivent se contenter d’un autre recours ; si la brebis galeuse ne peut être ni récupérée ni exécutée, il reste une solution : l’occulter. A l’évidence, c’est le sort que l’on a réservé à Jean-Paul Sartre.

     En effet, l’idéologie dominante veut aujourd’hui que la pensée sartrienne se caractérise avant tout par son « inactualité ». Mais l’acharnement même avec lequel on insiste — depuis de nombreuses années… — sur sa « désuétude » ne témoigne-t-il pas, au contraire, d’une volonté d’étouffer une voix potentiellement lumineuse ? Alors pourquoi Sartre gêne-t-il tant la bourgeoisie ? De fait, si celle-ci n’évoque jamais celui-là que pour mieux l’enterrer, force est de constater qu’elle n'a jamais su récupérer cet « enfant terrible » issu de son sein, et qui ne cesse de déstabiliser sa classe de l'intérieur.

     Dès ses premiers écrits, Sartre se livre à une guerre sans merci, tant sur le plan philosophique que sur le plan littéraire, contre l’idéologie bourgeoise. Cela se manifeste notamment dans sa critique de tout ce qui relève de la réification, à laquelle il donne, fort souvent, l’image d’engloutissement. Que ce soit « l’Esprit-Araignée » qui, dans Une idée fondamentale de la phénoménologie de Husserl, « attirait les choses dans sa toile, les couvrait d’une bave blanche et lentement les déglutissait [2] » ; ou cette « bête lymphatique » qui, dans La Nausée, voulait s’engraisser du sang de Roquentin en le réduisant à une catégorie sociale toute faite [3] — on constate une répugnance soutenue dans l’œuvre de Sartre pour le visqueux, le glutineux, c’est-à-dire, tout ce qui brise l’élan du vivant, le colle à une position fixe et le réduit ainsi à l’impuissance. Il s’agit là, certes, d’un éloge de la vie contre la mort, de la liberté contre l’oppression ; mais il faut y voir également ce fameux « travail contre soi » — contre soi en tant que bourgeois, notamment — que Sartre mena toute sa vie. Agacé par sa classe, il refuse de s’y laisser engloutir ; et, par l’écriture, ce dialogue avec soi et contre soi se traduit par un long dialogue avec la bourgeoisie et contre elle.

    C’est un des paradoxes de cet homme à contradictions : il se sent solidaire de ceux qui veulent renverser la bourgeoisie, et pourtant presque toutes ses œuvres s’adressent à elle. Notons, cependant, que c’est pour lui dire ce qu’elle ne veut pas entendre. En lisant La Nausée, par exemple, le lecteur bourgeois se reconnaît aisément dans ce journal intime d’un petit-bourgeois à la recherche de la liberté ; au cours de la lecture, cependant, il découvre que les « honnêtes gens », avec leurs petites cérémonies, leurs pratiques de distinction, leurs statues en bronze et leur soi-disant humanisme, sont, en fait, des « salauds ». Et par là, Sartre entend, non pas un simple trait de caractère, mais un mode de vie élitiste qui met un masque de noblesse sur des pratiques d’oppression. Sartre s’en prend encore aux « salauds » notamment au temps de la guerre d’Algérie : pendant que les Français digéraient passivement les rumeurs sur la torture, les massacres et les violences policières ; pendant que, à Paris même, on découvrait les cadavres d’Arabes jetés dans la Seine ou pendus dans le bois de Boulogne ; pendant que la France, afin de conserver sa fierté de grande nation, s’endormait, ne voyant que les violences commises par le FLN ; et pendant que la presse respectueuse, soucieuse de ne pas « démoraliser » un peuple pointé du doigt, disait aux Français : « Vous êtes formidable », Sartre leur disait : « Nous sommes tous des assassins », — et leur ouvrait les yeux sur la violence institutionnelle sur laquelle était fondé le système colonial [4]. Cela, la bourgeoisie paternaliste ne voulait pas l’entendre. Pour les Algériens, en revanche, quelle bouffée d’air frais que d’avoir un des plus grands écrivains français de leur côté !

     C’est que, pour Sartre, l’intellectuel « engagé » doit toujours se mettre du côté des opprimés. Qu’est-ce qui le pousse à s’engager ainsi ? L’intellectuel occidental contemporain, selon Sartre, est une figure qui se recrute parmi ce qu’il appelle les « techniciens du savoir pratique » — c’est-à-dire, les professeurs, les scientifiques, les ingénieurs, les écrivains, les médecins, etc. — et qui apparaît lorsque les lois universelles de son travail entrent en contradiction avec les lois particularistes de la structure capitaliste. Un remède que découvrent des chercheurs en médecine, par exemple, peut guérir, en principe, n’importe quel corps humain ; mais la recherche du profit et les lois du marché qui règlent la production capitaliste font que ce remède universel ne sera probablement accessible qu’à une élite privilégiée. De même, les recherches que mènent des savants nucléaires débouchent sur la découverte de lois universelles dans le domaine de la science ; mais à l’ère du capitalisme monopolistique, l’armée américaine, par exemple, peut se servir de ces recherches pour mettre au point des armes très destructrices, dans le cadre d’une politique impérialiste servant les intérêts particuliers d’une minorité très puissante. Dans la mesure où ces chercheurs en médecine et en physique nucléaire touchent dans leurs recherches à l’universel, ce sont ne sont pas encore des intellectuels : ce sont des techniciens du savoir pratique. Mais si ces mêmes chercheurs, indignés par les fins que sert leur travail, se rassemblaient afin d’y résister et de mettre l’opinion publique contre cette exploitation de leurs recherches — alors, dit Sartre, ils deviennent des intellectuels [5]. Cette découverte de l’aliénation, en soi et hors de soi, est ce qui rapproche l’intellectuel des autres personnes exploitées et aliénées. La contradiction dont il souffre étant celle de la société capitaliste elle-même, il se met du côté de ceux qui veulent la dépasser. 

     Mais il existe d’autres techniciens du savoir pratique qui arrivent à s’accommoder de leur contradiction. En effet, il faut se rappeler que la plupart d’entre eux sont issus de la bourgeoisie, qu’ils ont reçu une éducation bourgeoise, et que, par conséquent, ils sont imprégnés, malgré eux, de préjugés et de l’élitisme bourgeois. Prédisposés par leur salaire et leur prestige supérieurs à se sentir au-dessus des catégories populaires, certains d’entre eux « se sont, tôt ou tard, faits [les] chiens de garde [de la bourgeoisie], comme a dit Nizan. Les autres, ayant été sélectionnés, demeurent élitistes même quand ils professent des idées révolutionnaires. Ceux-là, on les laisse contester : ils parlent le langage bourgeois. Mais doucement on les tourne et, le moment venu, il suffira d’un fauteuil à l’Académie française ou d’un prix Nobel ou de quelque autre manœuvre pour les récupérer [6]. » C’est le piège que l’on tendit à Sartre en 1964 — et qu’il évita en devenant le premier écrivain à décliner volontairement le prix Nobel de littérature. C’est que ce prix, pour Sartre, renforce les rapports d’inégalité entre les hommes ; il s’agit d’une petite distinction qui, en brisant les liens humains de solidarité et d’égalité, relève du monde élitiste des « salauds ». Accepter ce prix l’aurait donc mis en contradiction avec les rapports humains réciproques qui lui étaient si chers — réciprocité affirmée avec rigueur dans les dernières lignes des Mots : « Ce que j’aime en ma folie, c’est qu’elle m’a protégé, du premier jour, contre les séductions de “ l’élite ” : jamais je ne me suis cru l’heureux propriétaire d’un “ talent ” : ma seule affaire était de me sauver — rien dans les mains, rien dans les poches — par le travail et la foi. Du coup ma pure option ne m’élevait au dessus de personne : sans équipement, sans outillage je me suis mis tout entier à l’œuvre pour me sauver tout entier. Si je range l’impossible Salut au magasin des accessoires, que reste-t-il ? Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui [7]. »

     Ainsi, que ce soit en s'adressant sans cesse aux bourgeois pour leur dire ce qu'ils ne veulent pas entendre ; en se faisant un intellectuel engagé du côté des opprimés, à l'inverse des « chiens de garde » ; ou en déclinant le prix Nobel de littérature, institution de la distinction bourgeoise par laquelle la classe dominante peut récupérer ses enfants ayant « erré du droit chemin » — on comprend que Sartre gêne tant la bourgeoisie, tel un fils qui révèle la vraie nature de ses parents, et que sa voix soit occultée par l’idéologie dominante. Pour nous qui luttons contre la domination bourgeoise, en revanche, voilà pourquoi cette voix lumineuse nous manque tellement aujourd'hui.

Bradley T. Smith




[1]. Nous devons cette expression à Sartre lui-même. Voir J.-P. Sartre, « Justice et État » [1972], in Situations, X, Paris, Gallimard, 1976, p. 62.
[2]. J.-P. Sartre, « Une idée fondamentale de la phénoménologie de Husserl : L’intentionnalité » [1939], in Situations, I, Paris, Gallimard, 1947, p. 29.
[3]. Cf. J.-P. Sartre, La Nausée, Paris, Gallimard, 1938, p. 169-170.
[4]. Voir, à ce propos, les textes de Sartre touchant au colonialisme et au néo-colonialisme regroupés dans Situations, V, Paris, Gallimard, 1964.  
[5]. Nous empruntons ces deux exemples à Sartre ; cf. J.-P. Sartre, « Plaidoyer pour les intellectuels » [1965], in Situations, VIII, Paris, Gallimard, 1972, p. 378 et 394.
[6]. J.-P. Sartre, « Justice et État », op. cit., p. 61.
[7]. J.-P. Sartre, Les Mots, Paris, Gallimard, 1964, p. 206.

dimanche 13 octobre 2013

Le vote des communistes parisiens des 17-19 octobre : quels sont les arguments en faveur de l'accord avec le PS ?

Les 17, 18 et 19 octobre prochains les communistes parisiens sont appelés à voter sur la stratégie à adopter à Paris pour le premier tour des élections municipales de 2014. Deux choix se présentent à nous :

1° un accord stratégique et programmatique avec le Parti socialiste et République et Socialisme (un des autres membres du Front de gauche (FG)) ;

2° un accord stratégique et programmatique avec les autres composants du Front de gauche (PG, GU, FASE, GA, les Alternatifs, C&A et le PCOF).

Les adhérents ont débattu de ces deux options dans leurs sections depuis plusieurs mois et les échanges ont été à la fois constructifs et respectueux. Il y a de bons arguments pour les deux options et, quel que soit le résultat du vote, nous espérons tous nous rassembler après pour appliquer le choix majoritaire.      


Le 8 octobre dernier, le conseil départemental du PCF Paris s'est prononcé en faveur de l'accord avec le PS à 67 %, et Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, a appuyé l'avis du conseil. Ce sont les militants qui auront le dernier mot. Mais depuis ces annonces des dirigeants communistes, Jean-Luc Mélenchon et d’autres membre du Parti de gauche (PG), qui défendent des listes autonomes du PS dans toutes les grandes villes, ont renforcé leur pression sur les militants communistes en dramatisant les enjeux. Pour les dirigeants du PG, le PCF veut "quitter le Front de gauche" à Paris et fait preuve d'"incohérence" lorsqu'il critique sévèrement le gouvernement socialiste d'un côté et passe un accord avec le PS à Paris de l'autre.

Est-ce bien la réalité ? J'admets que le risque d'un accord avec le PS dès le premier tour à Paris est que nous paraissons complices de la politique menée par le gouvernement socialiste au niveau national. Néanmoins, après avoir discuté avec les camarades ces derniers mois, les raisons avancées pour soutenir l’accord avec le PS me paraissent plus convaincantes que celles avancées pour soutenir des listes autonomes. En effet, il y a de bonnes raisons pour croire que l'accord obtenu avec le PS pourrait non seulement renforcer la position et l'influence du Front de gauche à Paris, mais il pourrait aussi créer un rapport de forces entre une municipalité de gauche engagée contre l'austérité à Paris et les socialistes du gouvernement qui font l'austérité au niveau national. Voici le raisonnement.

Depuis le début des discussions, la méthode du PCF a été de dresser d’abord un bilan du rôle des communistes dans la municipalité sortante, de constituer ensuite un projet municipal pour les années à venir et de décider enfin de la meilleure stratégie pour faire appliquer ce projet. Les rapports de force n’étant pas les mêmes dans toutes les villes, le PCF a décidé de faire voter les militants sur la meilleure stratégie à adopter dans chaque ville, selon les rapports de force locaux. Ainsi, en passant du bilan au projet et enfin à la stratégie, il s’agit de partir du réel pour trouver le meilleur moyen de transformer la situation réelle selon nos objectifs.

Qu'en est-il de Paris ? S’agissant d’une élection municipale, le bilan à analyser en priorité n’est pas celui du gouvernement socialiste en place depuis 2012, mais le bilan de la municipalité de gauche en place à Paris depuis l’élection de Delanoë en 2001, les communistes faisant partie de cette majorité, mais dans un groupe indépendant des socialistes. Le bilan du gouvernement actuel est à prendre en compte à un autre niveau, sur le plan des rapports de force entre la politique nationale et les politiques locales. Mais pour juger de l’utilité de la présence des communistes au sein de la majorité municipale de gauche à Paris depuis 2001, c’est de ce bilan local et des apports des communistes qu’il faut partir.

Or, la majorité des Parisien-ne-s semble plutôt satisfaite de cette municipalité, et l’apport des communistes à celle-ci n’a pas été négligeable :

- 70.000 logements sociaux ont été produits, permettant à 200.000 personnes de mieux vivre à Paris ;
- 10.000 places en crèche ont été créées ;
- la distribution de l’eau est redevenue un service public et d’autres privatisations ont été empêchées ;
- 70 hectares d’espaces verts ont été réalisés ;
- la coopération avec les collectivités franciliennes a été renforcée ;
- les revendications des mouvements sociaux ont pu trouver un relai et une écoute au sein des institutions ;

- la création d'un bouclier social pour contrecarrer les effets néfastes de la politique d'austérité du gouvernement.

Certes, les communistes, étant minoritaires, n’ont pas pu faire valoir l’ensemble de leurs revendications ni empêcher le vote de toutes les politiques auxquelles ils sont opposés, y compris certaines portées par les socialistes. En effet, il y a beaucoup de choses à critiquer dans le bilan de Delanoë, il ne s'agit pas de dire que tout est bon. On ne peut pas tout avoir en politique. Néanmoins, sans les luttes des élus communistes les accomplissements listés ci-dessus n’auraient jamais été possibles et les socialistes n'auraient eu aucune pression sur leur gauche. La présence des élus communistes est donc utile à l’amélioration de la vie des Parisien-ne-s, si bien qu’avec plus d’élus nous pourrions peser encore plus sur les choix politiques. Je rappelle en passant que ces politiques municipales ont été mises en œuvre alors qu’au niveau national il y avait un gouvernement de droite pendant la majeure partie de cette période.

Le bilan de la municipalité sortante étant quand même meilleur que celui de la municipalité de droite avant 2001 ; et les communistes ayant joué un rôle utile dans cette majorité de gauche, ce serait un peu incohérent de mener maintenant une campagne qui consisterait à cracher sur tout ce que nous avons fait depuis 2001.

Après avoir dressé ce bilan, nous avons élaboré un projet municipal qui comporte soixante-quinze propositions pour la ville de Paris. Ce projet a servi de base aux négociations avec le PS comme avec nos partenaires du FG et nous continuerons à le porter quelle que soit la stratégie adoptée. Nous restons donc autonomes de ce point de vue quelles que soient les alliances que nous choisissons — et ce avant comme après les élections, car nous ne sommes pas dans le groupe socialiste au conseil, nous avons un groupe autonome.


Dans le texte d’accord avec le PS nous avons réussi à obtenir de nombreux engagements en faveur de nos propositions, notamment l'exigence d'atteindre les 30 % de logements sociaux d'ici 2030.   Surtout, nous avons réussi à faire inscrire noir sur blanc dans l’accord qu’« au cours de la prochaine mandature, nous ferons en permanence le choix de l’intérêt des Parisien-ne-s et nous refuserons toute politique d’austérité qui viendrait s’y opposer ». Le fait que les socialistes aient signé un tel accord contre l’austérité à Paris est d’une importance capitale pour plusieurs raisons.

Premièrement, les politiques d’austérité ne sont pas dans l’intérêt des Parisien-ne-s.

Deuxièmement, si le FG devait maintenant mener une campagne qui consisterait à tirer un trait d’égalité entre l’UMP et le PS, prétendant qu’il s’agit de deux formes de la même austérité, ce ne serait tout simplement pas vrai à Paris. Il s’agit d’ailleurs d’une ville relativement riche et qui peut donc se permettre financièrement de résister à l’austérité.

Troisièmement, cet engagement PS-PCF contre l’austérité à Paris créerait un rapport de forces avec le gouvernement et au sein même du PS. Les socialistes sont divisés à cause de la politique gouvernementale. Nous pouvons nous appuyer sur ces contradictions. Si la gauche gagnait à Paris en faisant des pas significatifs vers le PCF/FG et en s’engageant, entre autres, contre l’austérité, cela mettrait les socialistes parisiens sur une ligne différente de celle du gouvernement, qui poursuit une politique d’austérité au niveau national et ne retient aucune proposition des parlementaires PCF-FG. Si les socialistes parisiens devaient ensuite ne pas tenir leur promesse et que les élus FG n'étaient pas assez nombreux pour bloquer un virage vers l'austérité, ce sont les socialistes qui seraient alors dans la contradiction, pas nous qui continuerions de lutter contre l'austérité. Mais la preuve que les communistes ont déjà réussi à créer ce rapport de forces est qu'ils ont fait adopter l'autre jour aux socialistes du conseil leur proposition de créer un bouclier social pour contrecarrer les effets néfastes de la politique d'austérité du gouvernement.

Si Paris la capitale doit avoir une valeur symbolique comme le veut le PG, alors il me semble que tout cela serait un signe beaucoup plus fort que celui que véhiculerait des listes FG séparées. En effet, si les socialistes parisiens n’étaient plus obligés à négocier avec le PCF/FG, alors il n’y aurait plus de pression politique sur eux pour qu’ils arrêtent de glisser à droite et qu’ils ne s’alignent pas sur la politique nationale. Voilà pourquoi il n’y a aucune incohérence entre la critique sévère que fait le PCF de la politique du gouvernement d’un côté, et l’accord avec le PS qu’il a négocié à Paris de l’autre. Il s’agit de nous appuyer sur les contradictions internes du PS et de créer un rapport de force entre Paris et le gouvernement afin de tout tirer à gauche. C’est ce que souhaitent, d’ailleurs, les électeurs et militants socialistes qui ne sont pas contents du gouvernement.

Ensuite, il y a de bonnes raisons pour croire que l’accord avec le PS permettrait de renforcer la présence et l’influence du Front de gauche à Paris.

Dans cet accord, en cas de victoire de la gauche, le PS s’engage à réserver 32 conseillers d’arrondissement et 13 conseillers de Paris pour le PCF, ce qui est en nette augmentation par rapport aux 22 conseillers d’arrondissement et 8 conseillers de Paris PCF sortants (+ 2 conseillers de Paris PG).

De plus, selon les scores au premier tour, l’accord avec le PS prévoit que, entre les deux tours, l’intégration éventuelle des listes EELV se fera uniquement sur les quotas des socialistes et que l’intégration éventuelle des listes FG se fera de la façon suivante : les quatre premiers conseillers de Paris seront pris sur le quota socialiste et puis alternativement sur le quota socialiste et sur le quota PCF ; le premier conseiller d’arrondissement sera pris sur le quota socialiste et puis alternativement sur les quotas PS et PCF. Cela signifie que cet accord prévoit non seulement une augmentation du nombre des élus PCF, un des composants du FG, mais aussi la possibilité d’une augmentation du nombre des élus issus des autres partis du FG.

Avec cet accord, en cas de victoire de la gauche, l’influence du FG dans son ensemble sera donc renforcée dans tous les cas, tant du point de vue du projet que du point de vue du nombre d’élus. Le tout nous permettrait de mieux atteindre notre but principal qui est d’améliorer la vie des Parisien-ne-s. C’est en prouvant notre capacité de faire cela dans la durée que nous gagnerons l’estime des électeurs.

Si on y allait solo, en revanche, le risque de perdre des élus serait important. Il ne faut pas se tromper sur notre poids électoral à Paris. 11 % des Parisien-ne-s ont voté pour Mélenchon au premier tour de l’élection présidentielle de 2012 et 7,7% ont voté pour les listes FG aux législatives juste après. Pour avoir 13 conseillers de Paris PCF + d’autres conseillers FG en présentant des listes autonomes, il faudrait qu’on fasse presque 20 % au premier tour. Avec 7-11 %, on perdrait des élus par rapport au nombre actuel et tout le travail que nous avons fait depuis 2001 pour renforcer notre présence à Paris serait à reprendre. Ce serait une mauvaise chose pour les Parisien-ne-s, pour le FG et pour la gauche dans son ensemble. On se distinguerait peut-être plus clairement du PS le temps d'une campagne, mais au lendemain des élections c'est la perte d'élus FG que les électeurs retiendraient, pas ces querelles d'appareil qui n'intéressent que les militants ; et pendant six ans nous serions impuissants au conseil.

Enfin, nous ne voulons pas voir le retour de la droite à Paris. Si jamais la gauche perdait les élections parce qu’elle était trop divisée, on nous le reprocherait. Ce serait beaucoup plus grave que les inconvenants qu'implique une alliance électorale avec le PS. Le FG a une bonne dynamique, certes, mais ce sont surtout la droite et l’extrême-droite qui sont en train de gagner du terrain aujourd’hui. Il ne faut pas sous-estimer ce danger, même à Paris. Si nous menions une campagne anti-PS, je pense que nous nous tromperions d’ennemie et que l'alternance politique favoriserait bien davantage la droite que le Front de gauche. Taper sur les socialistes pendant toute la campagne pour ensuite appeler à voter pour eux au deuxième tour me paraît hasardeux et démobilisateur, en plus d'être un peu incohérent.

Voilà donc quelques-uns des arguments qu'avancent les communistes en faveur de l’accord avec le PS à Paris. On peut ne pas être d’accord avec cette logique et je respecte tout à fait l'avis des camarades qui sont plutôt favorables à des listes autonomes. Peut-être que je me trompe d'analyse et que les électeurs nous donneront tort. Néanmoins, je ne pense pas qu’on puisse taxer la stratégie d'alliance avec le PS à Paris d’incohérence ni prétendre qu’elle constitue une « trahison » ou un renoncement au Front de gauche. Seul le PG semble faire dépendre l'avenir du FG du choix des communistes à Paris ; les autres partis favorables à les listes autonomes respecterons le choix des communistes et ne remettent pas en question l'avenir du FG. La force du FG, me semble-t-il, est justement sa capacité de s’adapter à des situations différentes. Dans d’autres villes, où les rapports de force sont différents, cela a plus de sens de présenter des listes FG indépendantes du PS et c’est cette stratégie que les communistes ont déjà adoptée dans plusieurs villes. J'en suis même très content. À Paris, l’accord avec le PS n’est pas sans risque, mais mon humble opinion est que nous risquerions plus gros en présentant des listes à part, étant donné les rapports de force actuels à Paris. C’est pourquoi je voterai pour l’accord avec le PS tout en continuant de critiquer la politique du gouvernement.

Finis les status FB "à la Bradley Smith", maintenant j'ai un blog pour ça

Certains de mes statuts Facebook étant bien connus pour leur longueur, j'ai décidé de créer ce blog afin d'arrêter de me servir de Facebook comme un... blog. C'est donc ici que je regrouperai désormais mes réflexions politiques ou autre dont la longueur est mal adaptée à l'usage habituel qu'on fait de Facebook. Au plaisir d'avoir des échanges avec vous, camarades !